28 avril 2016

Valeo prêt pour équiper des « robots-taxis » dès 2020

Guillaume Devauchelle, directeur de l’innovation et du développement scientifique du groupe Valeo, a dévoilé la feuille route de l’équipementier concernant la conduite autonome, un programme annoncé divergent de l’ensemble des concurrents.

Valeo fait de la conduite autonome un de ses piliers de développement et dispose déjà de plusieurs prototypes tels que le Cruise4U de niveau 3, le Drive4U de niveau 4 ou le récent Cruise4U sans radar.

Guillaume Devauchelle : « La voiture autonome et connectée repositionne la vieille industrie automobile dans l’industrie numérique. »


Aux arguments déjà connus de la délégation de conduite (gain de temps pendant le transport, élimination de 93% des accidents dus aux erreurs humaines, baisse du tarif d’assurance, diminution du parc roulant en raison d’un emploi accru de chaque véhicule), Guillaume Devauchelle ajoute le résultat d’une étude : « 29% des accidents se produisent à moins de 10 km/h, 44 % à moins de 20 km/h et 59 % à moins de 30 km/h. »

Si ces chiffres sont annoncés avec autant de détail, c’est parce que Valeo souhaite développer la conduite totalement autonome (niveau 4 ou 5) en commençant par les basses vitesses, là où ses concurrents et une majorité de constructeurs pensent plutôt proposer des fonctions de niveau 4 pour une utilisation sur autoroute et du niveau 3 dans les embouteillages. La délégation de conduite étant techniquement plus aisée sur autoroute, ce choix est compréhensible. Pourquoi Valeo cible la plage d’utilisation la plus complexe, à savoir basse vitesse en zone urbaine ? Guillaume Devauchelle : « Nos études montrent que la délégation totale de conduite, donc jusqu’à la suppression du volant, est plus facilement acceptable à basse vitesse. Par ailleurs, cette acceptabilité est plus forte lorsque les conducteurs ont pris l’habitude d’utiliser des assistances, ce qui est le cas pour le stationnement automatique et les récentes aides à la conduite dans les bouchons. »

La conduite autonome basse vitesse pourrait s’appliquer à des voitures conventionnelles et jusqu’à des « robots-taxis », soit des navettes sans volant. Selon l’équipementier, une étude a montré que l’emploi de ces « robots-taxis » diviserait par dix le nombre d’accidents, diminuerait de 58% les coûts de transport et participerait à la réduction du parc roulant en ville (les voitures personnelles sont immobilisées au parking pendant 93% du temps et emmènent souvent une seule personne).

Guillaume Devauchelle : « Nous proposons déjà le stationnement automatique, le freinage automatique d’urgence ou l’assistance de conduite en embouteillage. Nous avons donc dès aujourd’hui les moyens de mettre en place une conduite presque autonome. La conduite totalement autonome est assez facile à 15 km/h et plus complexe à 50 km/h mais nous constatons que la vitesse en ville dépasse rarement 30 km/h, ce qui est notre premier objectif. »

Valeo dispose bien sûr de tous les capteurs nécessaires pour une triple redondance : capteurs ultrasons, lidars, laser-scanner, caméras et centrales inertielles. Guillaume Devauchelle : « Nous visons un niveau de défaut de l’ordre du millionième (10-9), soit celui en aéronautique, ce qui apporterait une amélioration colossale de la sécurité. »

Toutes les lignes de produits du groupe sont concernées par la conduite autonome et les mutations de l’automobile qu’elle engendrent, par exemple la climatisation pour créer des atmosphères odorantes et reposantes ou l’essuie-glace AquaBlade® pour que la vision de la caméra soit toujours maximale (jet de lave-glace uniquement dans la zone de lentille). Guillaume Devauchelle : « Nous avons même travaillé sur des scénarios de voitures thermiques à boîte manuelle pour que la conduite autonome basse vitesse se fasse sans changement de rapport. Une petite adaptation lui permettrait par exemple de rouler toujours en seconde avec l’aide d’un alterno-démarreur en apport de couple. » Le service après-vente étudie aussi la possibilité d’adapter une conduite autonome sur des véhicules du parc.

La feuille de route de l’équipementier est clairement annoncée. Guillaume Devauchelle : « Nous commercialisons déjà de nombreuses ADAS et nous proposerons des fonctions de niveau 2+ dans 2 à 3 ans, puis de niveau 3. En 2020, des produits Valeo permettront aux constructeurs de commercialiser la conduite totalement autonome de niveau 5 à basse vitesse. »


  Yvonnick Gazeau

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