21 novembre 2017

Les ambitions des élèves ingénieurs de la Formula Student 2018

La Formula Student, une incroyable chance pour les élèves ingénieurs, mais aussi pour l’industrie automobile française si elle s’y investit.

La Formula Student est une compétition internationale d’élèves ingénieurs créée aux Etats-Unis par la SAE en 1978 et aujourd’hui répliquée dans une douzaine de pays dont l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie ou les Pays-bas pour l’Europe. Les futurs ingénieurs doivent développer une petite monoplace de course selon un cahier des charges reprenant les contraintes de l’industrie automobile (performance, coût, structure de l’équipe projet, etc.), puis participer à des évaluations internationales pendant les grandes vacances d’été. Ross Brawn, directeur sportif de la Formule 1 et « patron » de la Formula Student, a ainsi dit : « La Formula Student combine des applications pratiques avec les études universitaires des étudiants, mais donne également une expérience dans des compétences essentielles telles que la budgétisation, la gestion de projet et le travail d'équipe. »

La compétition est bien sûr technique – moteur, châssis, aérodynamique, électronique doivent être adaptés et/ou entièrement conçus – mais elle l’est également dans le mode de fonctionnement de ces jeunes. Pour mener à bien le projet, il est absolument nécessaire de sortir du cadre proposé par le programme scolaire. Luis Le Moyne, directeur de l’ISAT à Nevers, l’a bien noté : « Les élèves deviennent demandeur de savoir. Leurs besoins de connaissance devancent très souvent les programmes établis. Ils doivent se prendre en main. » Il en résulte que ces élèves acquièrent vite une grande maturité technique et organisationnelle, ainsi qu’une bonne capacité à mettre les moyens en œuvre pour réussir. Ils sont donc ensuite très courtisés par les constructeurs et équipementiers de renommée mondiale.

Trois écoles viennent de présenter leur projet 2018 sur le circuit de Magny-Cours. L’écurie locale, l’ISAT Formula Team de Nevers, vient de conclure un partenariat majeur avec Faurecia, en complément de ses partenaires fidèles tels que Danielson, Oreca ou Bosch. L’équipe est composée de 25 élèves en première année du cursus scolaire (après deux ans de classes préparatoires scientifiques). Quentin Savard, chef de projet ISAT Formula Team : « Le changement majeur de cette année est le remplacement du 4 cylindres par un bi-cylindre Yamaha qui va permettre d’abaisser le poids du 10 kg et de gagner aussi en encombrement. Le châssis tubulaire sera nouveau avec pour objectif d’utiliser moins de matière pour une même résistance globale. » Il ajoute : « Nous lançons également le développement d’une seconde voiture qui sera à propulsion électrique. »

L’adaptation de ce nouveau moteur est un bon exemple des qualités demandées à ces futurs ingénieurs. Dany Kerouasse, membre du département moteur, explique : « Comme le calculateur d’origine ne peut pas être modifié, nous allons utiliser un contrôleur programmable et créer totalement sa cartographie pour pouvoir commencer les tests au banc. Nous sommes en train d’apprendre par nous-même comment le programmer. » Il en est de même pour la conception de la carrosserie en CAO où le programme de l’école n’aborde pas encore la modélisation surfacique. L’équipe dispose d’un budget de 170 000 € pour les deux monoplaces.

L’écurie EPSA de l’Ecole Centrale de Lyon est composée de 40 élèves en première et deuxième année. Elle dispose de nombreux soutiens dont Total. Antoine Marcos, président de EPSA : « Le chef de projet gère toute la partie technique alors que mon rôle est de développer les partenariats et de gérer le budget. Nous disposons de 150 000 €. Seulement 4 h par semaine entrent dans le programme scolaire, donc la majeure partie du temps est pris sur notre temps libre. »

L’équipe ESTACARS de l’ESTACA Laval se différencie en concevant une monoplace à propulsion électrique, celle thermique étant développée par l’ESTACA de Saint-Quentin-en-Yvelines. 47 élèves de première et deuxième année travaillent sur le projet. Leur programme est encore tout nouveau et l’école n’a pas l’ancienneté des deux précédentes. Chloé Vallée, chef du projet, explique : « C’est un projet nouveau, pour lequel nous manquons d’expérience, et qui est très complexe en termes de sécurité car le moteur est alimenté en 200 volt. Notre objectif est de passer les tests du contrôle technique, par exemple un démarrage après avoir mis le véhicule sous une douche ». Elle ajoute : « Nous allons travailler cette année plus de concert avec l’équipe de Saint Quentin, tant sur le plan technique que sur le plan logistique. » L’équipe dispose d’un budget de 25 000 euros et d’un partenariat avec TE Conectivity.

Le nombre d’écoles françaises participant à ce championnat ne cesse de progresser puisqu’il faut aussi compter sur la participation de l’ENIM de Metz et trois autres écoles étudient également leur prochaine entrée dans ce challenge. Les références du championnat européen sont des écoles allemandes qui disposent d’un budget supérieur, de plus d’appuis de la part des constructeurs et équipementiers d’outre-Rhin, ainsi que d’un programme scolaire moins chargé et étalé sur plus d’années.

Les élèves ingénieurs français ont toujours montré une très grande créativité et une forte motivation. Ils méritent vraiment des appuis à la hauteur des ambitions de l’industrie automobile française. Nous reviendrons plus en détail sur les choix techniques des différentes équipes lorsqu’elles arriveront dans les phases de construction et de développement au banc moteur.

Pour les suivre :


  Yvonnick Gazeau

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