11 septembre 2006

Philippe Guédon : La voiture électrique est une affaire au long cours

Extrait de l'interview de Philippe Guédon, ex-Matra (530, Bagherra, Rancho, Murena) père de l’Espace, et aujourd’hui responsable du développement de la BlueCar. …/
>>Escomptez-vous des avancées technologiques sur les batteries ?
Il existe deux technologies : l’une, dont on parle beaucoup depuis cinquante ans et qui ne débouche pas, c’est la pile à combustible. L’autre, ce sont les batteries qui font des progrès.

Comme vous le savez, la pile à combustible fait appel soit à un reformeur pour produire de l’hydrogène à bord de la voiture à partir d’un carburant, soit au contraire, à un système impliquant un réservoir d’hydrogène dans le véhicule. Apparemment, les constructeurs qui travaillent sur la pile à combustible sont tous d’accord à penser que le reformeur n’est pas une bonne solution. En outre, l’hydrogène pose d’énormes problèmes, que personne ne maîtrise aujourd’hui : le fabriquer d’abord, mais surtout, aussi, le transformer, le stocker et le distribuer. Et pourtant, on continue de parler de la pile à combustible comme d’une espèce de mirage qui avance au fur et à mesure que les années passent, surtout pour des raisons économiques. Pendant ce temps-là, la batterie est moins brillante, avec une limite d’autonomie que n’a pas la pile à combustible. Par contre, elle progresse à grands pas. Non, nous ne travaillons que sur la lithium polymère car Vincent Bolloré a mis beaucoup d’argent, à titre personnel d’ailleurs, dans son entreprise sur cette batterie-là. Parce que les ingénieurs de BatScap, filiale de Bolloré, estiment que l’électrolyte solide et non liquide, en cas d’accident et de choc, constitue une bien meilleure solution que la technologie lithium.
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>>Où en êtes-vous avec les constructeurs automobiles ? Réussissez-vous à les convaincre ?
Jusqu’à présent, Vincent Bolloré s’est refusé à montrer la « tripaille » de la batterie, considérant qu’il s’agit là à juste titre d’un actif important, quelque peu secret. Vous savez comment fonctionnent les constructeurs automobiles : vous fournissez 5 exemplaires qui disparaissent dans les labos, vous n’en entendez plus parler pendant 6 mois ou deux ans, puis, un beau jour, vous apprenez que le constructeur a entamé des discussions avec un fabricant chinois. Le constructeur revient vers vous et vous dit : « votre truc n’est pas terrible et en plus nous avons trouvé à faire fabriquer deux fois moins cher ». Vincent Bolloré ne veut pas entrer dans cette géométrie-là. Nous avons pour l’instant des discussions entre gens de bonne compagnie, avec plusieurs constructeurs français et étrangers qui ont montré de l’intérêt pour la BlueCar et attendent qu’on leur démontre, essais à l’appui, avec l’une de 6 voitures que nous sommes en train de fabriquer, la réalité de nos affirmations. Cette phase est un préalable à des discussions d’un tout autre niveau.
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Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le dernier numéro « Ingénieurs de l’Automobile ».
Propos recueillis par Didier Rose.

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